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 Roi de la route

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David St-Michel

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Date d'inscription : 20/11/2008

MessageSujet: Roi de la route   Mar 22 Déc - 11:34

Il faisait nuit. Les étoiles brillaient dans le ciel comme des millions de diamants sur du velours noir. Les gros morceaux de ce qu'était autrefois la lune brillaient dans le ciel eux aussi, comme sept grosses étoiles qui étaient particulièrement près de la terre. La nuit, les terres mortes n’étaient plus un four énorme, parsemé de petits oasis de forêts. C’était un endroit frais, quasiment agréable à vivre. Évidemment, quand l’hiver arriva, c’était un enfer de glace et de vents à vous geler les os. Mais cette nuit-ci, c’était pratiquement agréable. Le Grand désert de vitre était joli durant la nuit. Le jeu de reflets, d'ombres et de lumières sur la surface concassée faisait comme s'il y avait deux ciels qui se faisaient face à l'horizontale. Même les scorpions géants, créatures destructrices qui offraient la terreur et la mort en quantités égales, étaient plus dociles lorsque la soirée arrivait et que la température baissait.

La rivière Delaware était autrefois l'une des rivières les plus importantes du pays qui existait du temps avant les bombes. Avant la Grande Guerre. L'époque avant... Avant les terres dévastées. Maintenant, le Delaware était une rivière complètement asséchée, un immense terrain plat parcourant des milliers de kilomètres du nord au sud. Beaucoup de gens évitent le Delaware car il n'y a rien à y faire. C'est un terrain plat, mort, avec rien qui y pousse. Que des milliards de tonnes de terre séchée et de sable craquelé par le manque d'eau, étiré à perte de vue comme un énorme spaghetti plat.

Cette nuit-là, il y avait de l'action dans le Delaware. Au début, rien qu'un petit nuage de poussière à l’horizon, partant du sud. Le nuage grossit de manière stable, et éventuellement la poussière fut accompagné par quelque chose de plutôt rare ; des phares. Ensuite, vint un bruit de moteur. Non pas le vrombissement d’un moteur à essence, mais le doux souffle d’une micro-génératrice électrique. Au devant du mur de poussière impressionnant, un camion se dirigeait à vive allure vers le nord. Le véhicule, pratiquement silencieux, passa près d’un des scorpions qui se reposa à la limite du Grand désert, et s’en éloigna rapidement. La bête, mille feux d’étoiles étincelant sur sa carapace réfléchissante, sembla intriguée de la chose presqu’aussi grosse qu’elle qui roulait à vive allure dans le banc de la rivière asséchée. La camionnette continua son chemin vers le nord, avec un sifflement aussi léger que celui d’un climatiseur d’air résidentiel.

Autrefois, ce véhicule aurait été considéré un monstre sur la route. Six portières, et juché sur un système de suspension si haut qu’il faut un marchepied pour se rendre aux portières. Comme tous les véhicules encore fonctionnel des terres mortes, celui-ci était aussi lourdement modifié. Des grandes plaques d’acier couvraient les immenses pneus, soudés à l’armature de métal qui protégeait toute la surface de la camionnette. Une petite porte avait été façonnée dans le dos de la cabine, permettant un accès rapide et plus sûre à la caisse arrière. Le moteur, qui encore celui d’origine, fonctionnait exclusivement à l’électricité. Une batterie nucléaire était la source d’énergie, et permettant des vitesses vertigineuses pour un véhicule aussi lourd et puissant. Une pelle à neige rajouté sur le pare-choc avant. Un engin remarquable, doté d’un silence surprenant lors qu’il est mis en marche. Il y avait deux êtres dans le camion, l’ombre de la nuit dissimulant leurs traits. Derrière eux, une vague de poussière se leva. Dans le camion, on pouvait entendre sur un lecteur cassette la guitare et la voix du chanteur Roger Miller résonna doucement.

« Trailers for sale or rent…
Rooms to let, 50 cents… »

Sur ce qui était autrefois une autoroute, au beau milieu de la nuit, une petite famille se déplaça en charrette, tirée par deux chevaux. En vérité, leur charrette ressemblait plus à une voiture dont le moteur, le toit et les portières avaient été chapardées il y a belle lurette. La petite famille, clairement issue d’un milieu rural, semblait nerveuse. La mère avait dans ses mains une vieille carabine à tir singulier, le type d’arme qui était retrouvée dans les premières guerres d’armes à feu. Le père conduisait la charrette avec anxiété, poussant les bêtes à leur limite. Les deux jeunes, une paire de frères blonds, frôlaient l’état de choc. Le plus vieux des deux, à peine douze ans, avait un revolver dans les mains et le tenait nerveusement. Il y a à peine une heure, ils avaient été témoin de la destruction totale de leur communauté de Monticello. Une troupe de raiders, les Chacals, avaient attaqué leur village et avait tout détruit. Ils avaient réussi à se sauver durant l’attaque, et tentaient de mettre le plus de distance possible entre eux et cet endroit condamné. Cependant, ils étaient dans de sales draps. À leur droite, les montagnes Catskill, considéré maudites par tout survivant sain d’esprit. À leur gauche, le Grand désert avec le banc de la rivière séchée du Delaware. Devant eux, que des kilomètres de route fraîchement pavé grâce aux Routads. Que des terrains vagues, ou ils pouvaient être aperçus avec aisance. Nulle part ou se cacher. Ils étaient cuits.

Le plus jeune se leva brusquement la tête et regarda par ce qui était autrefois la vitrine arrière. « MAMAN ! » il cria, secouant nerveusement son frère. « IlS ARRIVENT ! » La mère regarda et vit la même chose que ses deux garçons ; une demi-douzaine de raiders, sur un « dune buggy ». Ils hurlaient et glapissaient comme des animaux, tirant des coups de feu dans les airs. Le moteur à alcool vrombissait avec intensité, et le véhicule léger s’approcha très rapidement de la charrette, malgré les deux chevaux qui tiraient avec toutes leurs forces. La mère, encore dans ses salopettes en jeans, s’accota sur la banquette avant, et ordonna à ses enfants de se coucher entre les bancs. Elle avait peur, elle pleurait, mais elle savait ce qu’elle devait faire. À cause du terrain plus cahoteux du banc de la rivière, les chevaux perdaient de leur accélération, alors que le « dune buggy » allait encore plus vite. Le moteur hurlait comme un animal monstrueux. Rapidement, la distance entre les deux véhicules se diminua, encore et encore, jusqu’à ce que la mère puisse voir le visage des sauvages qui vociféraient des menaces et des insultes, hurlant du bout de leurs poumons. La charrette venait tout juste de remontrer hors du banc du Delaware. La jeune femme sentait ses mains trembler, son cœur virevolter. Le père n’a pas aperçu le clignotement de lumières vives arrivant de la rivière vide. La femme, elle, voyait la fin de sa vie, s’approchant pouce par pouce, jusqu’à ce que… le « dune buggy » disparut devant ses yeux. Elle cligna des deux quelques fois, et tourna la tête pour voir ce qui venait d’arriver. La charrette arrêta net.

Un impact. Le « dune buggy » se fit happer de côté par ce qui a semblé être une boule d’acier immense, apparu de nulle part. Le bruit du choc était assourdissant. Le véhicule raider a été percuté comme une balle par un bâton de baseball. Avant même d’atterrir, il fit deux tonneaux dans les airs. Quatre des six raiders ont été tués sur l’impact, écrasés comme des mouches. Un cinquième fut déchiqueté par la carcasse du véhicule qui s’écrasa contre le sol en roulant, aplati d’un côté. Le conducteur, par miracle, fut projeté hors du véhicule lors de l’impact, et atterrit sur le sol craquelé du banc de la rivière, une jambe cassée violemment. Il hurla de douleur, se tenant là ou sa jambe pliait du mauvais côté. Le véhicule massif qui a frappé ses compagnons s’arrêta à côté de lui, et la portière du passager ouvrit. L’être y descendit d’un trait, armé de sa carabine. On entendit la voix de Roger Miller.

« I know every engineer on every train,
All of their children and all of their names…»

Un seul coup de carabine retentit, et le raider cessa de gémir. Sa tête était explosée comme un melon lancé contre le mur. Le passager leva la tête vers la petite charrette, et leur envoya la main. Ensuite, il se retourna et remonta dans le véhicule, qui repartit le long du Delaware, comme si de rien n’était. La famille resta figée durant plusieurs minutes avant de continuer leur route. Le père, un homme pragmatique, prit ce qu’il pu du « dune buggy » et de ses défunts passagers, pouvant ainsi revendre les armes et les munitions. La charrette disparut de l’endroit. À l’aube de la journée après, ils arriveraient finalement à Syracuse. La petite famille épuisée racontera alors leur histoire frénétiquement à tous, et un rassemblement serait fait pour entendre ce qui leur été arrivé. Un groupe d’éclaireurs seraient envoyés au lieu de l’impact, et admettront d’avoir vu le véhicule raider complètement ruiné, ainsi que le seul survivant exécuté comme un animal au beau milieu de la route. La ville enverra des messagers à tous ses voisins, les avertissant de l’évènement. La chose s’ébruitera, et il y aura de grands remouds dans les terres mortes.

Mais tout ceci n’arrivera que dans deux jours. Pour le moment, à l’intérieur de la cabine de la camionnette, on entendit le passager ricaner pendant un moment, et le conducteur regarder par le rétroviseur le beau boulot qu’ils ont produit. « Nice job. » Il souligna à son compagnon, qui acquiesça alors qu’il glissa une autre cartouche dans sa carabine. Le conducteur alors monta le son du lecteur cassette, entendant mieux alors la voix mielleuse de Roger Miller qui termina son ode au voyageur.

« I’m a man of means but by no means,
King of the road…»
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